05/17 2009
Publié dans Rosebuzz, février 2009.
Ladies et gentlemen, voici Jeremy Jay. Une chevelure tendant vers le roux, un look swinging London et un vocabulaire châtié donnent à ce jeune Californien une allure de dandy tout droit sorti des sixties. En 2006, son maxi Airwalker l’annonce comme un talent à suivre. On le suit donc, et son premier album confirme notre intérêt. A Place Where We Could Go (2008) s’avère être un bijou de pop penchant vers le glam-rock, servi par un chant de crooner à faire pâlir d’envie Brian Ferry. Il paraît alors évident que Jeremy Jay est capable de grandes choses, en nous livrant ce qu’il appelle lui-même du disco-pop.Si le charme rétro de Jeremy Jay agit toujours sur son deuxième album, aucun sentiment de déjà-vu ne saisit l’auditeur. Autant A Place Where We Could Go offrait des tonalités sombres et caverneuses, autant Slow Dance se charge de coquetteries sonores tout en faisant moins appel à la guitare acoustique, transformant ainsi le synthétiseur en implacable plaidoirie pop. Tel un insaisissable David Bowie, Jeremy Jay revendique un côté caméléon, tout en rappelant les contraintes spatio-temporelles liées à l’enregistrement d’un disque. « Si les deux albums sont si différents tout en étant si rapprochés, c’est que A Place Where We Could Go contenait de vieilles chansons écrites depuis 2006… et il est sorti bien trop tard, explique t-il.  C’était néanmoins important que cet album sorte car ces morceaux avaient du sens pour moi, je ne renie pas cet aspect de ma personnalité. Tout s’est enchaîné, Slow Dance était bouclé en mai 2008… donc un mois après la sortie de A Place Where We Could Go ! »Double entrée en matière pour ce garçon à double face, rieur mais caustique, chaleureux mais distant. Son éducation musicale lui ressemble : touche-à-tout. Bercé par du jazz, du classique ou même par la chanson française qu’écoute sa mère Suisse, il se crée une vraie culture musicale, doublée d’un sens certain de l’indépendance et d’une curiosité aiguisée. « J’avais sept ans quand j’ai commencé à jouer de la trompette à l’école, se souvient-il. Quand j’étais en école primaire, j’ai commencé à jouer de la guitare, et ça a continué de fil en aiguille jusqu’au lycée ». C’est à Portland que Jeremy Jay fait LA rencontre fatidique, celle du producteur Calvin Johnson. On ne présente plus le célèbre fondateur du non moins prestigieux K Records, qui a compté Kurt Cobain parmi ses fans. « Je l’ai rencontré chez des amis, je le voyais de temps en temps, mais c’est à une fête que l’on a vraiment sympathisé, raconte son nouveau protégé. Il a très vite voulu enregistrer un disque avec moi. Ce que l’on a fini par faire. Cela a donné mon premier album. Notre entente a également fonctionné pour Slow Dance ». Sur scène, Jeremy Jay reste fidèle à lui-même et emporte volontiers son public, quel qu’il soit : « J’adore jouer dans des fêtes. On s’y amuse beaucoup, comme cette house party mémorable où j’ai donné un concert, à Charlotte, en Caroline du Nord… Outre le fait que le lieu était splendide, c’est ce soir-là que j’ai le plus sué et que les gens ont le plus dansé ». Si on lui demande comment il compte gérer en live l’ensemble de sa musique si éclectique, il ne paraît nullement inquiet. Au contraire : « Nous allons rassembler toutes mes chansons des deux albums et en faire un mélange énergétique ». De même, il n’est absolument pas angoissé par la représentation scénique : « être sur scène est très naturel pour moi. Je m’y sens le meilleur. Et le show de cette année va être plus joyeux que la précédente tournée : plus dansant, plus pop… »Slow Dance est un disque aussi rafraîchissant que réjouissant, renouant aussi bien avec les mélodies chaleureuses des fifties qu’avec les rythmes froids des eighties. Jeremy Jay fait ici la révérence à cette musique pop américaine du roi 45 Tours, à l’instrumentation naïvement subversive. Et à l’instar du vinyl, objet que l’artiste affectionne particulièrement, le disque pourrait être scindé en deux faces. La première ressemble à un début de soirée, une mise en bouche musicale tirant volontiers vers le glam rock, tandis que la deuxième face, plus pop, exploite un univers « où l’on peut vivre ses expériences, et être tout simplement soi-même ». « Il y a un vrai aspect nocturne, de ces moments qui se passent souvent après minuit, ces moments où l’on se sent libre, explique Jeremy Jay. On peut alors imaginer agir sans tabous, on se sent tout simplement vivant. On a le sentiment que rien de mauvais ne peut nous arriver ». De même qu’il choisit la nuit comme terrain de jeux de son album, c’est la saison de l’hiver qui prédomine tout au long de l’album, illustrant la banalité de « tranches de vies » typiquement américaines. Le musicien puise également son inspiration dans ses références artistiques. S’il est marqué par les fantaisies conceptuelles du pop art, c’est surtout le réalisateur John Hughes qui influence ses compositions. Pour rappel, Hughes a réalisé une trentaine de films à succès, parmi lesquels Maman j’ai raté l’avion, Beethoven, The Breakfast Club ou encore le cultissime La Folle Journée de Ferris Bueller. Lorsqu’il écrit la « romance sur patins à glace »  intitulée « Breaking The Ice », Jeremy Jay a en tête « une séquence de film teenager où l’on descend dans la rue acheter une glace au chocolat ». L’album se termine sur un clair-obscur et électrique « Where could we go tonight ? » que n’aurait pas renié un David Bowie version Ziggy Stardust : « You’re an angel from the stars as you play those strings on your noble guitare ». Car s’il s’agit de raconter le quotidien, c’est sous ses aspects le plus extra - ordinaires. Fervent ennemi de la médiocrité, Jeremy Jay est convaincu du caractère précieux de l’existence, et de toutes les possibilités qui s’offrent à lui. « Slow Dance est mon disque préféré car il représente ce qui arrive vraiment dans la vie, mais en bien plus excitant que mon précédent album. J’en suis très fier ». Yes, Jeremy, you’re damned right.Sophie RosemontJeremy Jay, Slow Dance (K Records/ Differ-ant). Sortie le 24 mars 2009.

Publié dans Rosebuzz, février 2009.

Ladies et gentlemen, voici Jeremy Jay. Une chevelure tendant vers le roux, un look swinging London et un vocabulaire châtié donnent à ce jeune Californien une allure de dandy tout droit sorti des sixties. En 2006, son maxi Airwalker l’annonce comme un talent à suivre. On le suit donc, et son premier album confirme notre intérêt. A Place Where We Could Go (2008) s’avère être un bijou de pop penchant vers le glam-rock, servi par un chant de crooner à faire pâlir d’envie Brian Ferry. Il paraît alors évident que Jeremy Jay est capable de grandes choses, en nous livrant ce qu’il appelle lui-même du disco-pop.
Si le charme rétro de Jeremy Jay agit toujours sur son deuxième album, aucun sentiment de déjà-vu ne saisit l’auditeur. Autant A Place Where We Could Go offrait des tonalités sombres et caverneuses, autant Slow Dance se charge de coquetteries sonores tout en faisant moins appel à la guitare acoustique, transformant ainsi le synthétiseur en implacable plaidoirie pop. Tel un insaisissable David Bowie, Jeremy Jay revendique un côté caméléon, tout en rappelant les contraintes spatio-temporelles liées à l’enregistrement d’un disque. « Si les deux albums sont si différents tout en étant si rapprochés, c’est que A Place Where We Could Go contenait de vieilles chansons écrites depuis 2006… et il est sorti bien trop tard, explique t-il.  C’était néanmoins important que cet album sorte car ces morceaux avaient du sens pour moi, je ne renie pas cet aspect de ma personnalité. Tout s’est enchaîné, Slow Dance était bouclé en mai 2008… donc un mois après la sortie de A Place Where We Could Go ! »
Double entrée en matière pour ce garçon à double face, rieur mais caustique, chaleureux mais distant. Son éducation musicale lui ressemble : touche-à-tout. Bercé par du jazz, du classique ou même par la chanson française qu’écoute sa mère Suisse, il se crée une vraie culture musicale, doublée d’un sens certain de l’indépendance et d’une curiosité aiguisée. « J’avais sept ans quand j’ai commencé à jouer de la trompette à l’école, se souvient-il. Quand j’étais en école primaire, j’ai commencé à jouer de la guitare, et ça a continué de fil en aiguille jusqu’au lycée ». C’est à Portland que Jeremy Jay fait LA rencontre fatidique, celle du producteur Calvin Johnson. On ne présente plus le célèbre fondateur du non moins prestigieux K Records, qui a compté Kurt Cobain parmi ses fans. « Je l’ai rencontré chez des amis, je le voyais de temps en temps, mais c’est à une fête que l’on a vraiment sympathisé, raconte son nouveau protégé. Il a très vite voulu enregistrer un disque avec moi. Ce que l’on a fini par faire. Cela a donné mon premier album. Notre entente a également fonctionné pour Slow Dance ».
Sur scène, Jeremy Jay reste fidèle à lui-même et emporte volontiers son public, quel qu’il soit : « J’adore jouer dans des fêtes. On s’y amuse beaucoup, comme cette house party mémorable où j’ai donné un concert, à Charlotte, en Caroline du Nord… Outre le fait que le lieu était splendide, c’est ce soir-là que j’ai le plus sué et que les gens ont le plus dansé ». Si on lui demande comment il compte gérer en live l’ensemble de sa musique si éclectique, il ne paraît nullement inquiet. Au contraire : « Nous allons rassembler toutes mes chansons des deux albums et en faire un mélange énergétique ». De même, il n’est absolument pas angoissé par la représentation scénique : « être sur scène est très naturel pour moi. Je m’y sens le meilleur. Et le show de cette année va être plus joyeux que la précédente tournée : plus dansant, plus pop… »
Slow Dance est un disque aussi rafraîchissant que réjouissant, renouant aussi bien avec les mélodies chaleureuses des fifties qu’avec les rythmes froids des eighties. Jeremy Jay fait ici la révérence à cette musique pop américaine du roi 45 Tours, à l’instrumentation naïvement subversive. Et à l’instar du vinyl, objet que l’artiste affectionne particulièrement, le disque pourrait être scindé en deux faces. La première ressemble à un début de soirée, une mise en bouche musicale tirant volontiers vers le glam rock, tandis que la deuxième face, plus pop, exploite un univers « où l’on peut vivre ses expériences, et être tout simplement soi-même ».
« Il y a un vrai aspect nocturne, de ces moments qui se passent souvent après minuit, ces moments où l’on se sent libre, explique Jeremy Jay. On peut alors imaginer agir sans tabous, on se sent tout simplement vivant. On a le sentiment que rien de mauvais ne peut nous arriver ». De même qu’il choisit la nuit comme terrain de jeux de son album, c’est la saison de l’hiver qui prédomine tout au long de l’album, illustrant la banalité de « tranches de vies » typiquement américaines. Le musicien puise également son inspiration dans ses références artistiques. S’il est marqué par les fantaisies conceptuelles du pop art, c’est surtout le réalisateur John Hughes qui influence ses compositions. Pour rappel, Hughes a réalisé une trentaine de films à succès, parmi lesquels Maman j’ai raté l’avion, Beethoven, The Breakfast Club ou encore le cultissime La Folle Journée de Ferris Bueller. Lorsqu’il écrit la « romance sur patins à glace »  intitulée « Breaking The Ice », Jeremy Jay a en tête « une séquence de film teenager où l’on descend dans la rue acheter une glace au chocolat ».
L’album se termine sur un clair-obscur et électrique « Where could we go tonight ? » que n’aurait pas renié un David Bowie version Ziggy Stardust : « You’re an angel from the stars as you play those strings on your noble guitare ». Car s’il s’agit de raconter le quotidien, c’est sous ses aspects le plus extra - ordinaires. Fervent ennemi de la médiocrité, Jeremy Jay est convaincu du caractère précieux de l’existence, et de toutes les possibilités qui s’offrent à lui. « Slow Dance est mon disque préféré car il représente ce qui arrive vraiment dans la vie, mais en bien plus excitant que mon précédent album. J’en suis très fier ». Yes, Jeremy, you’re damned right.
Sophie Rosemont

Jeremy Jay, Slow Dance (K Records/ Differ-ant). Sortie le 24 mars 2009.